Comment en découdre avec ça II : D'étranges pièces rembourrées
Dans un passage de « l’avancée de la nuit », Jakuta Alikavazovic nous dépeint une étrange apparition. Où son héroïne Amélia se révèle à son amant vêtue d'une tunique pâle brodée de bleu… comme une peau veinée… comme si elle était non pas nue mais plus que nue, qu’elle était là sublime, en écorchée vive… les tours et détours des fils brodés dessinant comme l’incessant passage du sang et des humeurs sous sa peau…
Ce sont ces vicissitudes et ces entremêlements de la surface et de la profondeur de la chair… la tresse des coloris passant sous la peau… qui ont tant fasciné les peintres. Cet effet de vivacité sous-jacente de la carnation, si difficile à rendre en peinture, est donc ici un… tissu brodé.
Alors si les peintres devant leur glacis ont pu se demander de quel limon est fait le tain du miroir de la peau, les femmes artistes qui depuis les années soixante ont choisi de s’exprimer au travers de la couture et du rembourrage de sculptures molles, se sont peut-être posées une question plus Pénélopienne à savoir… que se trame-t-il sous la surface de la peau ?
Et que se passe-t-il donc dans les dessous de l’œuvre « Casino » d'Annette Messager ? Le casino en italien c’est une maison de jeu mais aussi… une maison de joie. Ici un immense voile de soie pongée rouge vif ondule devant nos yeux sous le souffle de ventilateurs habilement dissimulés, tout comme le sont les tubes fluo qui éclairent la scène… par les dessous. Un flot rouge et inquiétant… comme des vagues de sang… se déploie devant nos yeux. Cette membrane mouvante est en fait la peau douce et lisse, à la respiration impressionnante, d’une gigantesque baleine. Le voile livre à la fois son endroit et son envers et les lumières font pulser le rouge comme s’il s’agissait d’un flux sanguin… transformant les dessous en un organisme vivant et mystérieux. Pinocchio aurait donc été avalé… il serait passé dans la baleine et serait pris au piège… et au jeu d’un manège avec trampolines et secousses violentes. Les incandescences internes révèlent à contre-jour des objets… des bouts de plastique… des morceaux d’organes qui semblent s’envoyer en l’air. Les choses s'enchevêtrent… affleurent à même le voile avant de s’enfoncer dans les profondeurs. Comme les restes d’un naufrage. Et l’on cherche désespérément à deviner ce que cachent toutes ces formes secrètes.
L’aventure terrible de Pinocchio au sein de la baleine, même si elle est adoucie par un voile d’un rouge éclatant et soyeux, fait écho aux propos de l’artiste. « Il y a plein de trucs qui grouillent à l’intérieur de nous… » Elle qui n’a pas eu d’enfants a dit également qu’il n’y a rien de plus monstrueux qu’être enceinte mais aussi que c’est la chose la plus étonnante qui soit !
Ce qui est intrigant avec la peau, c’est qu’elle n’est pas qu’une surface mêlant le dedans et le dehors, l’endroit révélant son envers… c’est aussi que les surfaces dénudées du corps glissent vers l’intimité profonde. Elles s’engouffrent en leurs limites… là où la peau rencontre nos muqueuses… là où elle est comme percée par la mise à nue de nos organes orificiels.
Et c’est par ces trous et ces bouches, que notre regard fantasme de s’enfoncer... à la recherche de leurs involutions les plus dérobées…
On pense au passage au flot de pétales, rose poudré, lilas, gris ou noir violacé qui se volute et se chantourne, se fronce, se trousse et se retrousse dans les peintures d’orchidées de Georgia O’Keeffe.
Ah ! L’orchidée… cette fleur méduse (ou plutôt poulpe) que Proust tenait pour inquiétante et louche. Agrafées sur le pourtour du décolleté d’Odette de Crécy, leurs pétales se fondent dans les froissés des pièces d’étoffes noires et blanches s'y déployant en spasmes déhiscents pour former une étrange surface de chair se repliant et se précipitant au dedans du défilé de la gorge de madame.
Alors si, dans l’art, tous ces orifices à fleur de peau qui nous fascinent tant sont souvent comparées à des fleurs… ce sont avant tout et plus crûment… des ouvertures très charnelles et viscérales… à la limite invasives.
En tous cas dérangeantes… mais aussi papillonnantes.
On dit : « cette fille-là a le diable au corps ». Et Annette Messager de bien préciser : « le monstre c’est nous, c’est ce qui est à l’intérieur, tapi en soi… le visqueux, le sang tout ce qui dégouline ». « Dragon sort de ton trou, hors du rouge, hors du noir. Dragon je ne sais pas ce que c’est… ça engloutit, ça avale, ça recrache, c’est très gros comme une limace. » En tous cas c’est ambivalent… ça semble se retourner comme un doigt de gant. D’un orifice l’autre… les premiers doigts qui s’enfoncent en eux sont comme des crochets qui renversent la chair.
Où il va donc s’agir d’en découdre à n’en plus finir avec elle… la peau. Et avec toutes ces choses qui circulent dans les dessous et qui trouvent à s’écouler et s’épancher au travers de ses failles.
L’enthousiasme chez les grecs c’était le remuement des viscères. C’est ça dont elles parlent… les femmes… elles connaissent ça mieux que les hommes.
« Ses ongles qui percent l’oreiller… elle les doi(g)t à certaines pensées… qui très secrètement la traversent… sa peau frissonne et c’est en nuées… que dans son ventre les papillons… se déploient pour mieux se cogner. » (Chloé Delaume)
«… ses doigts en moi comme pour aller chercher… ma jouissance. Ses doigts sont loin, perdus en moi jouant au fond de mon ventre une musique qui me rend folle… ça va de plus en plus loin, de plus en plus vite, si bien que je ne suis plus qu’une poupée de chiffon un pantin. » (Pauline Delabroy-Allard)
Comme une chose imprévisible, ondoyante, déroutante, terrifiante en elles… un papillon de nuit.
Ne nous laissons pas égarer par ses doigts allant à la rencontre de papillons et revenons à ces œuvres de couture « excentriques » (telles que les appelaient Louise Bourgeois) que font et défont nombre d’artistes femmes depuis la deuxième moitié du XXème.
Tamara Kostianovsky aime à travailler les tissus. Elle a réalisé récemment une série somptueuse de bœufs écorchés composés d’étoffes de toutes les couleurs, qu’elles soient vives ou pastels, avec des tissus allant du jacquard à la toile de Jouy… ce qui donne à l’ensemble un effet très XVIIIème. Des carcasses cependant trop… rembourrées pour être totalement honnêtes. Ce ne sont pas en effet des intérieurs de corps saignants et pleins de sécrétions qui nous sont exposés ici, mais un basculement d’une garniture intérieure vers l’extérieur… un joli retournement… moelleux et étrangement accueillant… comme si de rien n’était… comme un confortable dos de fauteuil aux motifs éclatants.
« La plupart de mes sculptures sont creuses. J’ai remarqué que les techniques de couture que j’utilisais ressemblaient étrangement à celles que mon père utilisait sur la peau… l’assemblage des textiles évoquait pour moi des procédés chirurgicaux… je me sers uniquement des aiguilles courbes, rarement utiles en couture mais toujours en chirurgie. »
De l’art du crochet… de boucher… et de la penderie… de carcasses-pardessus ou de pelisses écorchées.
De ce premier oxymore d’entrailles en étoffes XVIIIème venons en aux… coussins rembourrés et aux peluches… que d’autres femmes artistes ont aimé exploiter… pour mieux nous troubler.
Et commençons par la surréaliste Dorothea Tanning et sa chambre 202 cauchemardesque… réalisée en 1970.
Mais comme dit une chanson des années 20 (on est alors dans le Chicago d’Al Capone) :
In room two hundred and two
The walls keep talkin to you
I’ll never tell you what they said
So turn out the light and come to bed
C’est l’hôtel du pavot, où la femme d’un gangster s’est empoisonnée avec cette envoutante… fleur de l’opium… dans une chambre au papier peint floral très Beckettien… usé et passé.
Et voilà donc ces sculptures molles, dérangeantes et inquiétantes au possible… qui seront si appréciées de nombreuses femmes artistes pour leur texture, leur matérialité et leur manipulabilité.
Des formes rembourrées en tissu ou en feutre hantent la chambre 202... des membres, des organes, des corps aux extrémités protubérantes et comme inachevées ou plutôt embryonnaires et en train de… pousser comme des plantes… aux excroissances bulbeuses et monstrueuses… phalliques ou mammaires.
Un fauteuil au centre de la chambre est particulièrement déroutant… s’y extrait la pousse inquiétante d’un être repoussant, Baconien… à la mords-moi le nœud.
On notera que la sensation d’engluement des figures dans les murs est rendu par la forme et non par la matière. Il n’y a pas de fluide, matériellement parlant, dans la chambre 202… ce sont en fait les formes rembourrées qui paraissent fluides en prenant tout simplement au niveau des murs la forme allongée d’une goutte un peu visqueuse qui s’étire.
Annette Messager revisita le Pinocchio de son « Casino » dans une œuvre ultérieure (Rubato ma Glissando). On le retrouve cette fois piégé dans un amas de boudins et de tentacules… le tout enserré dans un filet de pêche noir. C’est qu’Annette Messager raffole des peluches… elle a tout un bestiaire fantastique plein de queues, de grandes oreilles… c’est mou comme un oreiller ou un coussin qu’on peut toucher, manipuler… pantins de tissu, traversins ramollis que l’on peut triturer, figures désarticulées, contorsionnées, déformées.
Nombre de ses œuvres sont des amoncellements de peluches dont on n’ose imaginer le sort qui leur sera réservé. Petits cadavres de l’enfance auxquels on reste très attachés. Elle s’amuse à les disséquer, à les démembrer, à les mixer… à les étouffer sous des bas féminins, à les associer à des masques grotesques ou à les enfourcher sur des lances en métal.
La peluche opérée d’Annette Messager porte quant à elle des embryons multicolores qui si on les disséquait en révèleraient sans doute d’autres encore, dans un emboîtement infini de corps creux sans organes… une histoire de peluches russes encore et encore.
Elle éventre les peluches ? Mais quelle petite fille n'a pas ouvert sa poupée, son ventre, pour voir comment c'est dedans. Laquelle n’a pas enlevé leurs yeux pour voir ce qu'il y a derrière. Argh… aller voir ce que les peluches et les poupées ont dans leurs entrailles.
Marie Darrieussecq décrit très bien cet acte cruel d’enfance : « Si tu prenais des ciseaux pour ouvrir le ventre de cet ours en peluche ne trouverais tu pas sous le nombril des entrailles chaudes et bleutées, ne plongerais-tu pas les mains dans des sucs organiques, des déroulements de viscères. »
Nathalie Sarraute parle dans son autobiographie « Enfance » de ce pouvoir des ciseaux… comme une compensation pour la petite fille: « je vois distinctement la corbeille à ouvrage posée sur ses genoux… et une paire de grands ciseaux d'acier… je les tends la pointe en l’air vers le dossier du canapé… Ich werde es zerreissen (je vais le déchirer)… un son sifflant féroce… j’enfonce la pointe des ciseaux… la soie cède, se déchire, je fends le dossier… je regarde… quelque chose de mou, de grisâtre s’échappe par la fente. »
Je ne résiste pas vous donner une version, que dis-je, une vision masculine de la chose. C’est dans « Ethelrude et Wolframm » de Pascal Quignard : « Elle se tenait les jambes un peu écartées. Les ciseaux – posés dans le creux de sa robe, sur la toile tendue entre les cuisses – brillaient… »
Les ciseaux de Louise Bourgeois sont d'encre ou de gouache rouge… comme le goût du sang dans la bouche quand on se coupe au bout du doigt et qu’on lèche la pulpe… en tous cas trop propres sur eux pour être honnêtes. C’est une étrange goutte de sang… une petite figure rose orange anthropomorphe… qui s’accroche à ceux, rembourrés et en skaï noir, d’Annette Messager.
Les corps qu’Annette Messager fabrique sont des corps hybrides, proliférants, faits d’organes épars, de monstrueuses poupées de chiffons de couleur rembourrées. Certaines sont hérissées de crayons de couleur. D’autres pendent comme des grappes, les organes épinglés au corps, plusieurs sont enfilés de bas noirs qu’elles transpercent de place en place. Sortes de pelotes agressives multicolores, les bas humanisés oscillant entre formes viscérales et têtes cagoulées.
Dans l’hospice comtesse de Lille, dans une pénombre striée d’éclairs, on pouvait assister en 2004 à une chute d’organes sidérante. Les organes boursoufflés… extravagants et menaçants… charnus et charnels, recouverts de skaï rouge ou noir, sont enserrés dans des résilles. Des balluchons s’élèvent et flottent dans l’espace avant de retomber lourdement… puis remontent. Si dans l’hospice de Lille cela renvoyait aux anciens passagers des lieux et à leurs souffrances ce sera au contraire une danse érotique au centre Pompidou une année plus tard. Les protubérances charnelles qui viennent à la rencontre de l’œil sont devinées à travers les mailles puis cela nous échappe. Scène onirique sexuelle… l’artiste raclant les hauts fonds de notre mémoire sexuelle avec ses filets noirs… fabuleuse machinerie désirante. Les amants mis à nu et mis en pièces…
Louise bourgeois était une bonne couturière. Elle avait de qui tenir puisque sa mère était tisserande et restauratrice de tapisseries. Elle se mit elle aussi, mais sur le tard, à faire des œuvres d’art de poupées de tissu rapiécées. Une matière tendre et vulnérable où l’envers est un peu l’endroit… pour une chair souffrante et écarlate. Une matière mnésique qui garde trace du moindre accident. Les accrocs, trous, coutures apparentes sont les cicatrices et les affres de ces poupées de l’enfance… les grandes confidentes et souffre-douleur des petites filles. Comme une œuvre atroce de l’enfance. Louise Bourgeois savait bien que lorsqu'on joue et que l’on se cache derrière une tapisserie on voit bien que l’envers n’est que nœuds, fils emmêlés et effilochés et qu’il y a là comme une sorte d’acharnement à lisser l’endroit.
J’adore tout particulièrement sa « Lady in waiting »… princesse bourgeoise en attente dans sa cage… concubine impériale dans sa cour… une atmosphère étouffante… sur un fauteuil Louis XIII à la tapisserie florale usée. Avec ses pattes d’araignée métalliques et pointues… est ce qu’elle jouit ou suffoque ? Que fait elle de son temps une fois minuit sonné… va-t-elle changer l’empereur en descente de lit ?
Louise Bourgeois a toujours eu aussi une prédilection pour le plâtre et le latex… des matériaux liquides, souples et malléables… fluides et imprévisibles… qui vont permettre de faire de la chambre 202 quelque chose d’encore plus glauque. Le latex est aussi une matière équivoque comme la chair humaine… elle peut donner forme à des impulsions obscures.
C’est la « Destruction du père »… avec ses pulsions cannibales. Elle veut manger les fruits du père pour s’approprier son pouvoir. Louise craint la séparation mais c’est elle qui abandonnera plus tard sa famille en allant vivre aux États-Unis. Où la destruction de ce que tu aimes le plus est une manière d’apaiser le sentiment de culpabilité. Amas de protubérances bulbeuses… abcès en plâtre et latex… lumière rouge. Tout un ensemble de chairs molles, d'os, de matières rouges et flasques… des masses arrondies, des sortes de méduses. Des chairs rouges comme dans… une grande bouche… et le plafond d’où pendent d'autres formes molles, mamelles, cumulus… qui menace de se refermer comme une mâchoire.
Louise aimait raconter que sa cave était pavée d’énormes galets ronds qui semblaient avoir été roulés par un fleuve ou un océan pendant des siècles. Ils sont brillants et humides… on se croirait dans une grotte sous-marine… on dirait le bouillonnement figé d’un magma primaire… les protubérances de l’inconscient… des abcès qui gonflent.
Et les cumuls de Louise… comme des œufs tout juste éclos… des mamelles ou encore un œil épluché, arraché à son orbite, un prépuce lisse qui s’ouvre et s’élargit en épousant la rondeur du gland. Les formes rondes et protubérantes semblent émerger d’un voile aux multiples plis, souple et fin comme une membrane de peau.
A l'origine, selon Louise Bourgeois elle-même, une histoire de nuages et de cumulus (des accumulations et l'on pense à Yayoi Kusama). Elle ajoutera pourtant qu'il faut imaginer une chienne ou une vache sur le dos… et qu'alors vous avez là un paysage très intéressant… mobile, vivant et souple.
L’abstraction excentrique telle que Louise l’appellera est un véhicule de l’étrange beaucoup plus que la figuration. La sensation érotique s’appuie dans l’insolite… l’accumulation… un lieu de métamorphose plus que d’acte.
Dans le regard en latex brun qu’elle réalise en 1966 l’œil devient un organe sexuel. L’oculaire est vaginal et vice versa. Tamara Kostianovsky a quant à elle cousu et rembourré son œil... tout aussi déroutant... comme retourné et arraché de son orbite.
C’est en 1960 que Yayoi Kusama a commencé à compulsivement coudre et dresser des boursouflures phalliques (elle aimait coudre… elle avait travaillé pendant la guerre dans une usine de parachutes). Des petits sacs de coton qu’elle rembourre jusqu’à les rendre raides et bien durs. Elle le fera pendant des années… travail fastidieux… répétition épuisante… et réalisera ainsi des accumulations absolument vertigineuses de pénis fantasques...
Regardez là sur sa barque, nue et prête à traverser les eaux en compagnie d’une myriade de phallus blanchis. Dans le roulis des vagues son corps sera caressé par des milliers de queues molles et excentriques. Jusqu’au mal de mer... avec une nausée de pénis turgescents.
Plus tard ils seront recouverts de ses fameux pois… comme des milliers de tentacules avec leurs ventouses… … qui ondulent autour d’elle, se démultiplient, l’encerclent et la dévorent.
Mille petites queues respectueuses de sa gloire impériale… en son étrange royaume pop et inquiétant... avant qu'il ne soit repris en (sac à) mains par les géants du luxe cinquante ans plus tard.
Yayoi Kusama à Hong Kong en 2012, dans son univers pop à pois repris en (sac à) mains par les géants du luxe
On avait vu la fois précédente le désir du désir au travers du regard de l’autre. Mais il nous faut écouter là un autre désir de femme… « j’imagine souvent qu’une espèce de tentacule s’approche et me pénètre… qu’il réussit à se frayer un passage entre mes cuisses pourtant serrées… le simple fait de l’imaginer s’introduire en moi à répétition… pour m’inspecter me suffit. Engloutie, submergée, écartelée... quelque chose de cette ancienne peinture celle du rêve de la femme du pêcheur… avec tous ces tentacules… elle doit passer un merveilleux moment."
Le fameux rêve de la femme du pêcheur d'Hokusai... où un poulpe pompe la pointe des seins d'une femme tout en buvant son sexe.
Un appareil de succion à nul autre pareil...
Comme une image ventouse dont on ne peut s'arracher.
Et pour finir... deux touchants boudins qui se triturent... rembourrés... de peinture très liquide... aux enveloppes très fines presque diaphanes... laissant bien voir la circulation de leur magma ou de leur lait intérieurs... avec ce précipité rouge... épousant et gonflant par endroits leurs parois comme en latex. Deux cellules qui voudraient s'éclater et fusionner? Une étrange étreinte passionnée... une emprise monstrueuse et grotesque... mais finalement joyeuse au vu de leurs regards de connivence... on ne sait jamais à quelle sauce on va être avalé... avec Miriam Cahn.
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