Olympia
Allons du côté de Manet, éloignons nous de la perspective, des emboîtements à la Chirico ou des jeux de regards de Velasquez, pour un face à face avec… Olympia.
Dans un plan tendu, une toile close comme est close la bouche de Victorine Meurent, la modèle du peintre. Aucune échappatoire, la scène semble prête à basculer vers l’avant. Manet soumet la peinture à une sorte d’autopsie et, sous le flash d’une prise de vue fulgurante, dégage un plan vif!
Comme le viol d’une… scie. C’est Delacroix dit-on qui parla de son coloris au verjus, aigre et acide qui pénètre l’œil comme la scie d’un chirurgien dans les chairs.
Mais pour Bataille : « à coup sûr, Manet voulut ce coloris qui tranchait »… avec tous ces u et l’âpreté de ces fruits verts qui ne doivent jamais mûrir.
Insinuons nous donc dans le néant de la netteté de cette Olympia… surexposée.
En 2009-10, j’ai réalisé une toile sur Olympia. Y sont inscrites au crayon noir quelques lignes puisées chez de grands auteurs, puis découpées et réarrangées à ma sauce.
Elle vous envoie foutre Victorine !
Une lueur pâlotte d’éternelle enfance
Dans les roses sales
Avec son cou d’impie
Cierge soutaché d’un noir dessein capricieux
Boucle, ficelle à défaire
Pour mieux la triturer
La monter à crû
L’étaler à la truelle
Rose truie délavé !
Ce que nous aimerions assurément
C’est y enfoncer le doigt
Fuck Olympia !
Petite poupée au cul bien tendu
Avec sa fanfreluche dont le rose
Et les replis de fleurs ne font qu’évoquer
Le con absent
Comme s’il s’agissait d’une incongruité
Cyclamen ou plutôt lilas fané
Fructis ventris tui
UI
L’intime toison remplacée par
Une araignée blanche
Une Olympia qui montre et cache à la fois son sexe par le modelé de sa main aux doigts écartés, alors que le reste de son corps n’est qu’un bel aplat (et merci à Odilon Redon pour son… coup d’œil !).
Dans sa version d’Olympia, Cézanne nous montre un voyeur exhibant les dessous de Manet, des paquets de chair nue, rendues en fait par un chaos de couleurs avec à ses côtés cette table rouge sino-grotesque, une table rouge animale avec sa carafe tête de mort.
Où l’on peut voir selon moi la table rouge comme le sexe d’Olympia. Une agitation hystérique de vermillon chinois.
Mais Manet est… léger. Comme cette rue que l’on pave, un autre bijou bleu et rose hanté par un certain noir. Plus impressionniste. Les personnages de cartes à jouer chers à Manet se brouillent. Et pourtant on imagine bien là Manet l’élégant par un beau jour clair et transparent.
« Ganté de jaune, cravaté de frais, chaussé de fin, pantalonné de clair, une fleur étoilant… la boutonnière ", on le rencontre arpentant les grands boulevards. Heureux comme toujours de ces nouvelles percées… que dis-je, perspectives… parisiennes.
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