Interlude arboricophallique

par jms  -  6 Octobre 2017, 14:01

Fontaine de l'abondance à Massa Marittima avec son arbre aux phallus

Fontaine de l'abondance à Massa Marittima avec son arbre aux phallus

Eté 2000… on travaille à la restauration de la fontaine de l’abondance à Massa Marittima en Toscane… l’ouvrage date de 1265.

 

Une vieille couche de chaux blanche est grattée… sur le mur le plus en vue de ceux et celles qui sont venus pendant si longtemps puiser là l’eau de la ville.

 

Un arbre embarrassant refait alors surface… ses branches sont chargées de lourds pénis bien gonflés… mais pas encore complètement… rigides. Ils sont en fait parfaitement mûrs pour être cueillis. C’est que le fruit n’est beau qu’avec une certaine élasticité !

 

Un fruit gorgé comme on le sait d’un suc semblable à du lait… Et attention les plantes dites "succulentes" présentent parfois des formes monstrueuses fort appréciées des collectionneuses: cela leur donne l'apparence d'espèces... uniques.   

 

 

Montage perso autour de l'arbre aux phallus de Massa Marittima

Montage perso autour de l'arbre aux phallus de Massa Marittima

Les femmes gaulent l’arbre pour les faire tomber. C’est que détachable on peut d’autant mieux jouer avec !

 

En vit folle de lui !

 

Oui c’est du joli… elles disent oui… ouioui… ouiouiouiouioui

 

Et le gourdin dans sa housse comme disait Gainsbourg… quand tu le secousses, il mousse. Vit ! Le sachant bien, elles l’ensachent… et les entassent dans les plis et replis de leurs robes.

 

Cette fresque n’est pas la seule à évoquer un arbre aux phallus. Au XIVème siècle Jeanne de Montbaston (un tel nom ça ne s’invente pas !) illustra le roman de la rose d’étranges images. Là aussi il semble qu’il soit naturel pour les nonnes de récolter des phallus ou de tirer, non pas le diable, mais le moine par la queue ! Cela doit être lié à la fameuse règle de Saint Benoît sous laquelle le moine geint mais s’épure et durcit, comme dans la fournaise.

 

Une histoire de désir impossible?

Illustration de Jeanne de Montbaston, XIVème siècle

Illustration de Jeanne de Montbaston, XIVème siècle

Illustration de Jeanne de Montbaston, XIVème siècle

Illustration de Jeanne de Montbaston, XIVème siècle

La nonne aimerait-elle la queue ?… On l’imagine prendre dans sa main la verge lourde et rose… puis soupeser les bourses si douces et les presser l’une contre l’autre. Les génitoires sont si rondes. La nonne ânonne bien sa leçon de choses.

 

Les glands rougissent et brillent sur l’arbre et dans les paniers. Le rouge est un éclat qui ravive, excite… affole…

Illustration de Jeanne de Montbaston, XIVème siècle

Illustration de Jeanne de Montbaston, XIVème siècle

Comment ne pourrait-on pas aimer la soie fraîche et le velours raffiné de ces beaux glands bien mûrs !

 

En fait elles vont faire provision de bouche, avides qu’elles sont de l’avidité du vide de leurs bouches. C'est qu'à force de béer aux corneilles devant des châsses au fond d’églises froides...

 

Où il s’agit encore et toujours de porter la langue là où la langue s’emporte !

Détail des bananes rouges de Gauguin, 1891

Détail des bananes rouges de Gauguin, 1891

Où il s'agit de savourer à fond un régime de fruits rouges.

 

Egon Schiele peint en 1911 une hostie rouge pour le moins provocatrice... une hostie rouge d'agréable odeur qui est censée représenter ou plutôt incarner le corps sacré du fils. Une fille nue rousse tient l'immense pénis dressé, rouge, flamboyant du peintre. Schiele s'est affublé d’un haut pourpre. Le rouge pulsionnel a tout envahi. « Je rêve d’un incendie flambant comme un enfer ».

 

"Hostie rouge", le titre est une provocation sacrilège qui détourne la parole symbolique du Christ, le fameux « ceci est mon corps », pour lui donner une concrétude très crue... qu'il s'agira d'oindre et de... relever dans une surrection monumentale.

 

Un splendide cierge rouge pour faire ce deuil du sexe que l'église a toujours prôné !

 

Hostie rouge d'Egon schiele, 1911

Hostie rouge d'Egon schiele, 1911

Cardinal et nonne d'Egon Schiele, 1912

Cardinal et nonne d'Egon Schiele, 1912

Un an plus tard, en 1912, Egon schiele peindra un cardinal et une nonne... agenouillés... eux aussi doivent se durcir et s'épurer... s'apprêtant en tous cas à célébrer un office très charnel... à Son service.

 

Quant à l’apocalypse, la révélation chrétienne par excellence, Derrida nous rappelle qu’  « Apokaluptô » en grec, c’est je découvre, je dévoile, je révèle la chose qui ne se montre ni ne se dit… et que les « apokalumenoi logoi » sont les propos indécents. En hébreu, il est encore plus « clair » que la chose que le voile révèle c’est d’abord… le sexe (mais aussi les yeux… ou le creux de l’oreille derrière le voile des cheveux !).

 

Mais toujours selon Derrida l’objet long, oblong, arme de parade autant qu’il perfore, tient sa puissance apotropaïque des tissus, toiles, voiles qui se bandent et se déploient tout autour. Où il s'agit en quelque sorte d' « une pointe oblongifoliée ».

 

Comment dès lors ne pas penser à toutes ces robes cardinalices que la peinture a dotées d’incroyables morphologies. Ces corps perdus de robe comme dirait Titus Carmel. Avec le fameux Richelieu de Philippe de Champaigne… un corps de sang tout retourné, un corps convulsé, montrant exhibant son dedans au grand jour… dans une cascade de plis… un corps tout naturellement retourné comme un gant... Un corps tout simplement hors de lui !! L’ensemble finissant par s’écraser sur le sol en une dernière convulsion, un dernier rouleau qui semble vouloir s’avancer vers nous.

 

Une vérité qui sans basculer dans l’obscène frôle l’indécence.

 

huile perso autour de la robe du "ministre" Richelieu

huile perso autour de la robe du "ministre" Richelieu

Voilà donc des histoires de gloire et de chair telles que les aime le christianisme. "La gloire qui est le don de propager le feu dans la mémoire des hommes, et la chair qui a le don de consumer à volonté le corps dans une flamme aiguë, une foudre".

 

C'est Pierre Michon qui sait à merveille nous replonger dans la rudesse et la concrétude des débuts de la chrétienté... 

 

"Quand elle défait sa robe, elle aime à penser qu’elle donne à Gondevald l’abbesse d’un nom imprononçable. Elle connaît le plaisir dans le corps d’une abbesse. Elle demande plusieurs fois à son amant de lui redire le beau nom de latin pur…." Là donc où la langue s'emporte avec en sus, comme le dit si bien claude Simon, l’excitation, l’espèce de fièvre, liés à ces mots latins crus, violents, que leur aspect dépaysant, exotique pour ainsi dire, leur sens incertain, chargent d’un pouvoir ambigu multiple.

Huile perso, les abbés

Huile perso, les abbés

La foudre qui la brise, c’est le membre d’un homme, mais la gloire d’un abbé !

 

Le gros crépuscule est rouge.

 

Il lève la tête, les étoiles disent une autre gloire.

 

De quoi rendre bien pensif quant à sa crosse, l'abbé dans son coin.

Abbé irlandais, détail d'une huile perso...

Abbé irlandais, détail d'une huile perso...

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