"L'art est un cri pour combattre l'étouffement"

par Jean Michel Salvador  -  26 Septembre 2019, 10:49

Etude pour une corrida 2, Francis Bacon, 1969

Etude pour une corrida 2, Francis Bacon, 1969

Où il s’agit au départ de jeter sur la toile une poignée de peinture comme le voulait déjà il y a 2500 ans le peintre grec Apelle. Lancer une éponge imbibée de couleurs sur les naseaux d’un cheval, afin de lui donner non pas corps mais… vie. Que l’on sente la bête renâcler et écumer ! « Ah oui, au dernier moment, j’ai ajouté un coup de fouet de peinture blanche ». Voilà donc ce qui manquait au tableau : un jet d’humeurs blanches et rouges. D’écume et de sang. 

 

Comment ne pas alors songer à Francis Bacon qui brossait et déformait les chairs de ses figures avec des chiffons et des peignes, dans un acte subtil mêlant hasard et… calcul, tout en lançant après coup des giclées de peinture blanche. Laissant alors un filament liquide s’étirer sur la toile au gré de la nerveuse et tendineuse volute de son pinceau.

 

« Distribués avec fougue, les larges coups de brosse laissent apparaître par endroits la préparation sanglante qu’ils ne recouvrent pas entièrement. » (« Triptyque » de Claude Simon)

 

Où l’on imagine notre peintre se jetant sur la peinture à l’affût du merveilleux accident capable de donner vie à sa figure et d’atteindre ainsi, comme il aimait à le répéter, le système nerveux du spectateur de manière plus « poignante ». Tressaillement de l’avant-bras… jet qui fuse. Un appel d’humeur disions-nous ! Erection, exorbitation de l’œil. Mais si l’œil s’injecte de sang, c’est peut-être qu’il veut donner des coups.

 

Bacon prenait plaisir à raconter comment, à 16 ans, il avait été chassé violemment du domicile familial par son père… comme le dernier des malpropres. Lieutenant d’infanterie avant de devenir entraîneur de chevaux de course, ce père très rigide régentait sa famille d’une main de fer. Il demandait même à ses palefreniers de donner des coups de fouet à son fils. Une tyrannie qui, selon les propres dires de Francis Bacon, n’était pas sans produire chez lui une certaine excitation sexuelle. Et le jour où Eddy Bacon le surpris en train d’essayer les dessous de sa mère (sa vie durant il aimera porter des bas de femme)… il le chassa. « Tu es cela que je n’accepte pas et qui me fait perdre la face parce qu’avec tes accoutrements d’homosexuel et ton visage fardé tu ne ressembles à rien… tu n’as pas de figure ».  

Une des "Trois études pour un autoportrait", Francis Bacon, 1972

Une des "Trois études pour un autoportrait", Francis Bacon, 1972

« It’s just that I like throwing myself into the gutter. » En disant cela Bacon levait le bras… and « lashed his hand outward » with evident enjoyment… comme si ce geste de zébrer l’air, était moins éjaculatoire qu’il n’avait à voir avec les coups qu’il allait recevoir à la nuit tombée. Bacon était en effet un masochiste invétéré.

 

Ses giclées de peinture blanche seraient alors plutôt comme les marques d’un fouet originaire et cinglant.

 

Le chatoiement de la trace… du coup ! Un peintre ébloui et dévoré par le souvenir d’un passé traumatique dont il devait peindre pulsionnellement et quasi religieusement la trace dans le présent.

Panneau central du triptyque des "Three studies for figures at the base of a crucifixion" (version de 1988 qui est une reprise de l'original de 1944), Francis Bacon

Panneau central du triptyque des "Three studies for figures at the base of a crucifixion" (version de 1988 qui est une reprise de l'original de 1944), Francis Bacon

Bacon était athée mais démarra véritablement sa carrière de peintre en 1944 avec ses « Three studies  for figures at the base of a crucifixion ». Où, au-delà de sa connotation religieuse, une crucifixion est avant tout une scène où des sévices corporels sont infligés à une personne sous le regard des autres. Ces études portent en fait sur les figures qui sont au pied de la croix. Mais d’où viennent donc ces étranges monstres sans yeux, montrant d’inquiétantes « rows of little square teeth » tout en remuant leurs longs cous en ondulations irritées ? Du carnage de la seconde guerre mondiale me direz-vous? La figure centrale a en effet été peinte une première fois en 1940 (avant que Bacon ne l’efface en repeignant la toile)… vociférante et s’extirpant d’une voiture (ou plutôt tout en se coulant hors d’elle tellement elle en déborde). Or Bacon s’est inspiré pour la peindre (même s’il a toujours dit que seule la berline l’intéressait) d’une photo d’Hitler sortant de sa voiture et souriant à la foule qui se presse autour de lui. Ces monstres pourraient aussi rappeler les figures tordues de Picasso, en forme de sexes dressés, aux bouches ouvertes sur des langues acérées… que Bacon a vu lors d’une exposition en 1927.

Erynie extraite du panneau gauche du triptyque inspiré de l'Orestie d'Eschyle, Francis Bacon, 1981

Erynie extraite du panneau gauche du triptyque inspiré de l'Orestie d'Eschyle, Francis Bacon, 1981

Mais au-delà de ça… ce sont surtout les propres démons intérieurs de Bacon qui viennent le persécuter de leurs plaintes… et qui le suivront toute sa vie. Des démons  grecs et… féminins qui doivent être gardées à distance. Ce sont les Erynies ou les Euménides de Bacon… les Furies pour les romains. C’est que Bacon appréciait énormément l’Orestie d’Eschyle... où Oreste tue sa mère et ne cesse dès lors de voir sa bouche dessiner un ovale cerné de dents. Pour Sollers il faut regarder ce qu’elles sont devenues sous son pinceau : des grosses poules hurlantes à long cou, des bestioles dégoutantes à bouches dentées nourries de sang sur leur tabouret, à la fois terribles et ridicules. La figure centrale est comme une pythie delphique sur son tripode oraculaire. Mais le grondement sourd de cet orifice horrible à voir peut-il se transformer en logos ?

 

« On dirait quelque animal invertébré au corps lisse, pourvu de membres multiples, de protubérances, et où des cavités violettes bordées de dents s’ouvrent par places, comme pour mordre, laisser passer un râle ou un cri. »

Panneau droit du triptyque des "Three studies for figures at the base of a crucifixion" (version de 1988 qui est une reprise de l'original de 1944), Francis Bacon

Panneau droit du triptyque des "Three studies for figures at the base of a crucifixion" (version de 1988 qui est une reprise de l'original de 1944), Francis Bacon

Os… la bouche en latin… orifice, trou, outre obscène, orée proférant des oracles. Avec comme une impression désagréable de sons inarticulés. Bacon disait apprécier beaucoup dans « Sodome et Gomorrhe » la scène d’amour entre Jupien et le baron de Charlus où Proust évoque ces sons qui «… étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été toujours repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre ». Bacon aimait le sexe (« Il aimait moins l’amour que l’état d’excitation dans lequel ça le mettait, aimait moins les hommes qui le mettaient dans cet état que l’état dans lequel ils le mettaient ») mais pas que… Bacon était asthmatique. Terribles crises où le malade ne peut se séparer de l’air qu’il inspire. Où il étouffe de ne pouvoir expirer. Aspirant l’air et n’arrivant pas à le rejeter. Une souffrance telle que l’expiration n’est qu’un cri... silencieux.

 

Bouche béante – cri – suffocant à force de chercher à aspirer le vide. Hurlant aussi une avidité insatiable. Bacon n’était pas un saint. « Optimiste à propos de rien… Je suis avide quant à la vie ».  Une peinture de buveur et de baiseur impénitent. Une bouche qui avale et vomit la boisson, et qui s’offre à la fellation. Bouche avide et ouverte au va et vient de la queue. Cri d’une bouche qui rend gorge.

 

Une rouge gorge !

 

Bacon était fasciné par un tableau de Poussin : « le massacre des innocents ». On y voit un soldat vêtu d’une cape rouge saisissant d’une main les cheveux d’une femme hurlante, levant de l’autre son glaive pour trucider son enfant mais surtout... écrasant du pied la gorge du petit. Comme c’est étrange ! Une femme qui hurle, un enfant asphyxié et entravé et un militaire qui porte un coup.  C’est la mère qui crie et c’est le père qui coupe le souffle. Il faut préciser que le petit frère de Bacon est mort d’insuffisance respiratoire peu de temps avant qu’il ait été banni pour avoir porté les dessous de sa mère. Selon Bacon ce fut ce jour-là seulement que son père montra de l’émotion. C’est lui qui injectait la morphine pendant les crises d’asthmes de ses fils.

 

Un mot circule aussi : innocent… pas si innocent que cela… Bacon reprendra d’ailleurs des dizaines de fois, à sa manière, le portrait du pape Innocent X par Velasquez. Un pape qui hurle… comme secoué par une décharge électrique ou… cherchant de l’air. Sous l’emprise d’un formidable rire peut être aussi… Bacon aimait dire qu’il était lui-même animé d’un désespoir joyeux (an exhilarating despair).

Etude d'après le portrait d'Innocent X de Velasquez, Francis Bacon, 1953

Etude d'après le portrait d'Innocent X de Velasquez, Francis Bacon, 1953

Mais avec tous ces papes ce n’est peut-être pas tant la figure du père qui serait le plus important que de peindre le… cri. Bacon arrêtera sa série des papes en peignant la nurse d’Eisenstein. Où c’est… une nurse à lunettes (comme sa nanny adorée Jessie Lightfoot qui suivit jusqu’à sa mort son petit Bacon, officiant même comme son entremetteuse dans les années quarante) qui crie. Juste après il se lancera dans une série de Van Gogh, où l’artiste hollandais se retrouve encroûté et englué dans une terre de pigments vifs, striée comme par des ondes sonores. Les perspectives s’effarent… le rose envahit la toile qui semble vociférer.

Etude pour un portrait de Van Gogh, Francis Bacon, 1957

Etude pour un portrait de Van Gogh, Francis Bacon, 1957

Il semble impossible pour Bacon de loger le cri dans le corps. Rien à faire ça déborde. N’y-a-t-il pas comme une ombre hurlante derrière certains de ses papes ? Comme le pense Darian Leader, on pourrait parler d’un cri en quête de son auteur… comme en quête d’une place.

 

« Boule d’un cri immense dans la gorge de l’infini écartelé » (René Char).

 

Un hurlement qui appelle non quelqu’un mais le silence. Peut-être, pour Bacon, un silence maternel trop lourd et trop long… une mère aussi dévorante qu’absente. On dit de cette femme, issue d’une riche famille d’industriels, qu’elle était très froide, voire indifférente, à l’égard de ses enfants. A partir des années 60 Bacon va épurer ses fonds en usant d’…aplats. Des fonds neutres, lisses à force d’être saturés de couleurs. Leur éclairage vif, leur densité, sans la moindre ondulation ni variations de teinte, résonnent comme un silence pesant et lourd, sans battement. Un monde sans générosité, sans écho, mat. Même si les orange et les vermillons qu’il utilise souvent et qui ont sa préférence, sont des couleurs chaudes… chaleureuses et joyeuses… ce sont comme des déserts aveuglants et imbuvables. Des déserts qui ont soif ! Les fonds de Bacon ramènent à eux toute la lumière, ils en ont une avidité sans fin. Le hurlement et la contorsion des figures en leur sein ne sont absorbés dans aucune ouate. Aucune imbrication ni fusion entre le fond et les figures… (entre la mère et l’enfant si l’on ose dire). Un vide intense et étouffant. Le vide désirant de la mère (avec un « de » à la fois subjectif et objectif) ? Ces aplats sont comme les parois lisses de la cellule d’un condamné, non pas à mort, mais à vivre éternellement seul… à vivre incarcéré en éternelle ébullition. Dans cet univers clos et sans extérieur, sans issue, sans ligne d’horizon, sans ligne de fuite, dans cet océan de silence il nous prend alors le besoin et l’envie de crier sur la toile pour tenter de la faire… onduler.

Trois études de Lucian Freud, Francis Bacon, 1969

Trois études de Lucian Freud, Francis Bacon, 1969

Etreinte Baconienne, huile sur toile perso

Etreinte Baconienne, huile sur toile perso

Un enfant qui cherchait peut être plus à être perçu qu’aimé selon Maurice Corcos. Où la seule présence de l’objet primaire qui lui a été donné de connaître… c’est son absence. Où l’absence de l’objet est plus présente que sa présence.

 

Peignant aussi directement sur la toile de jute… sans apprêt. Comme si ses rêves et ses fantasmes avaient un grain particulier… la tessiture crue, l’étoffe râpée du cauchemar. Il disait qu’il voyait la texture de la peau humaine comme celle de la peau d’un rhinocéros. Diable… les contacts charnels devaient être rêches dans le pays de son enfance. Il faut retourner la peau et gratter jusqu’à l’os. La mère était d’une propreté impeccable, s’échinant à traquer toutes les… traces. De l’origine peut-être de ses toiles dépouillées, de ses personnages karcherisés à la brosse, de ses lavabos et bidets, de cette étrange idée de désouiller plus que de laver ses dents carnassières avec de la poudre à récurer (sic)…  mais Bacon aura beau faire il sera toujours trahi par un corps qui s’eczématise.

 

Bacon avait de l'eczéma. C'était un homme à fleur de peau.

 

Mais revenons au cri et à la bouche qui le profère : « J’aime le luisant et la couleur qui viennent de la bouche et j’ai toujours espéré, en un sens, être capable de la peindre comme Monet peignait un coucher de soleil… » Argh… Bacon veut peindre cette cavité tordue et béante comme Monet un coucher de soleil !

 

« …et j’ai toujours voulu sans jamais y réussir peindre le sourire. » Alors là c’est moi qui frémis et cela vient du fond du fond.

Ring Baconien, huile sur toile perso

Ring Baconien, huile sur toile perso

« Le visage qui apparaît comme une masse sanguinolente où se dessine la structure osseuse, les maxillaires, et où brillent les dents découvertes. »

 

Le regard et le sourire de la mère ! Celle qui qualifie son enfant de rayon de soleil. Ce cri coucher de soleil... n’est-il qu’un sourire médusant qui s’échappe sans fin ? Que cachent donc derrière l’ourlet des lèvres toutes ses petites dents ? Est-ce au profit d’un sourire que, dans tant de portraits de Bacon, le visage se défait comme sous un acide. Un sourire qui doit survivre à l’effacement du corps. C’est peut-être ce sourire qui est à la base du désespoir joyeux de Bacon… un sourire qui n’est pas que celui de la mère mais peut-être aussi celui d’un enfant qui se voit décentré et excentré (déformé comme le seront tous les personnages de ses toiles)… hors champ du regard parental.

 

Bacon raconte qu’il peignit le pape de Velasquez parce qu’il était fasciné par la pourpre de son étole… le somptueux rouge grenat de sa cape. Le premier souvenir d’enfance de Bacon remonte juste après la naissance de son petit frère : il se voit aller et venir dans un sentier bordé de cyprès, chez lui en Irlande, vêtu d’une cape de vélo rouge emprunté à son frère.

Etude d'après le portrait d'Innocent X de Velasquez, Francis Bacon, 1965

Etude d'après le portrait d'Innocent X de Velasquez, Francis Bacon, 1965

L’étole rouge d’un de ses papes n’est pas sans nous rappeler ces quartiers de viande qui surplombent parfois ses figures. Il y a chez Bacon cette grande beauté de la couleur de la viande. La richesse intérieure des chairs vient compenser la beauté ascétique, comme mise au régime, de ses fonds en aplats. « Nous sommes de la viande, nous sommes des carcasses en puissance. » disait-il. Citant également un vers de l’Orestie : « Maintenant il est là, tapi quelque part : l’odeur du sang humain me sourit ».

 

Alors il faut imaginer un fond lavande et léger… notre peintre penché sur son étal de boucherie... déposant vigoureusement ses paquets de charpie… sur des fonds unis, léchés, et délicats. Puis les raclant au couteau.

Triptyque de mars 1974, Francis Bacon

Triptyque de mars 1974, Francis Bacon

Il faut imaginer pour Bacon la lumière d’une ampoule nue fixée à un fil qui tombe à plomb sur les ratures - les joyeux accidents - effacés et brossés qu’il peint.

 

« L’unique ampoule… dessinant les contours du corps étendu, aux aspérités monstrueuses et aux courbes tantôt douces, tantôt se gonflant, s’étirant, abruptes, profilées en noir, avant de s’affaisser de nouveau... une ampoule qui se balance… et dessine dans les creux et sur les reliefs du ventre, des seins et des cuisses des ombres mouvantes… s’étendant, se rétractant,… »

 

Une ampoule d’abattoir donc... dans une chambre où se joue, à la diable,… l’extase au risque de la mort... d’un corps humain mis à la question… dans tous les sens du terme. Equarrissant les corps, retournant les visages, un véritable maître de l’effraction qui tourne autour du corps et cherche par tous les moyens à l’ouvrir. Une peinture saisie sur le vif comme un morceau de bidoche écorchée pendu à son crochet ou mieux accroché sur son rail (il y a tant de rails courbes dans la peinture de Bacon…).

Panneau gauche des trois études de corps humain de 1970, Francis Bacon

Panneau gauche des trois études de corps humain de 1970, Francis Bacon

 « A l’aide d’un rouge de Venise qui s’éclaircit jusqu’au rose sur les reliefs, l’artiste a d’abord modelé le corps en camaïeu, en détaillant avec soin l’anatomie comme sur ces planches des anciens traités de peinture, modelant chacun des muscles en forme de fuseaux ou de lanières qui s’entrelacent, se croisent et s’imbriquent les uns dans les autres. »

 

Bacon fait penser aux tragédies élisabéthaines. Temps de raffinement et de sang. Somptueuse et stagnante exagération dans le meurtre disait Mallarmé de Shakespeare... un fils de boucher, maniant la masse de tueur et crachant dans ses paumes... « When he killed a calf, he would do it in a high style. »

L’abattoir ruisselant de sang, notre peintre boucher est selon Deleuze dans sa boucherie comme dans une église. Le lit est son instrument liturgique. Pitié pour la viande. Une pitié d’anglo-irlandais... "Sa viande vit, jouit, rutile » comme dit Sollers. On peut même, comble de l’insolence, s’asseoir et trôner sous elle, à l’abri d’un parapluie… comme un pape.

Pope with meat, Francis Bacon, 1954

Pope with meat, Francis Bacon, 1954

Une chambre d’opérations, un cube,… vermillon ... mais glacé. Des parois qui collent à la peau et vous arrachent des bouts de chair. Des corps écrasés contre la vitre, comme sur une lame de microscope. Derrière leur vitre, au musée, comme venus du fond des eaux. Pour qu’en sorte un homme… désespecé selon la superbe expression d’Anzieu.

 

Mais ce corps sans organes n’est pas une viande inerte. Bacon ne cesse d'être aux prises avec les débordements d’un excès corporel bien vivant. Le fond du corps est soumis à une excitation si ce n’est un désir qui le tord à la limite de l’implosion ou de l’explosion et de la projection d’un hachis de nerf et de sang. La consistance visqueuse qu’il donne aux corps permet de violentes distorsions qui mettent à rude épreuve la chair en la secouant et en l’étirant jusqu’à la limite de la rupture. Une violence convulsive semble s’emparer de toutes ses figures. Où il s’agit de se tordre au-delà de toute mesure… d’agoniser (joyeusement ?) en des contorsions multiples.

Détail de "Figure en rotation", Francis Bacon, 1962

Détail de "Figure en rotation", Francis Bacon, 1962

La structure rigoureuse du fond est parfaite pour mettre en valeur le contour de ces corps qui se déforment… si nerveusement. Car il y a du… nerf. Bien souvent, ce n’est pas un filament blanc et comme liquide évocateur de vitesse qui cerne les formes mais plutôt une tranche de lard (du bacon bien sûr) qui s’étire lentement tout en conservant sa… déformation d’origine. Une élasticité sans retour en arrière… dure et coriace comme un nerf, un tendon ou un… cartilage !

 

Et puis ça tourne et se retourne sans cesse. Est-ce le désir classique de la peinture moderne à vouloir figurer les aspects successifs obtenus lorsque l’on effectue une rotation autour de la figure ? Il s’agit aussi pour Bacon de chercher à sortir de sa peau pour se glisser dans celle des autres. Il retourne sa toile pour mieux peindre ses dessous, renifler son envers… comme il fantasmera de retourner comme un gant la peau de ses amants.  « J’aime mettre mes doigts à l’intérieur des personnages, faire bien le tour… mais il y a la barrière de la peau ». Comme si le regard pouvait se retourner comme un doigt de gant.

Georges Dyer talking, Francis Bacon, 1966

Georges Dyer talking, Francis Bacon, 1966

Il demande à ses modèles de disparaître pour pouvoir peindre leur absence. « Si j’ai des photos d’eux c’est plus facile que de travailler en leur présence… complètement seul… avec leur souvenir. » Bacon ne veut pas qu’ils voient le mal qu’il fait à leur image… comme à toutes ces photos qui gisent sur le sol de son atelier capharnaüm… qu’il déchire et plie pour déformer ce qu’elles représentent. Ces images qui jonchent le sol de son atelier constituent son humus poétique et iconographique. « Je suis comme une broyeuse. J’ai tout regardé et tout ce que j’ai regardé est entré en moi et a été broyé très fin. Les images nourrissent en moi les images ».

Photo de travail de Francis Bacon

Photo de travail de Francis Bacon

Détail du "Nu debout dans l'encadrement d'une porte" de Francis Bacon, 1972

Détail du "Nu debout dans l'encadrement d'une porte" de Francis Bacon, 1972

Pour Bacon les déformations et les distorsions permettent de reproduire l’enregistrement de l’apparence. « Je voudrais que mes peintures donnent l’impression qu’un être humain est passé à travers… comme une limace qui laisse sa trace de bave. » Mais avec la vitesse en plus… Capter les anamorphoses des êtres saisis dans l’instant… l’ébranlement des sens. Saisir l’irruption d’une apparition… insensée… à la beauté fulgurante. Dévoiler les forces dont l’intensité agite et secoue les corps en une fraction de seconde… avec une violence inouïe.

Deux figures, Francis Bacon, 1975

Deux figures, Francis Bacon, 1975

L’affect est un mouvement en quête d’une forme (André Green).

 

« One thing I’d like to have is an enormous room lined with distorting mirrors from floor to ceiling. Every so often there’d be a normal mirror insert among the distorting ones. People would look so beautiful when they passed in front of it. » (Francis Bacon)

 

Bacon raconte qu’après avoir été chassé de chez lui, son père le confia à la garde resserré d’un oncle… dur et brutal. « Cet homme est tombé amoureux de moi et c’est là que j’ai été… déformé (sic). » Mais ce miroir d’adolescence fait certainement écho à un autre plus archaïque. C’est sa propre image qui depuis le début est floue et incertaine. Peut-être du fait de cette attention décalée de sa mère… de son regard autocentré qui le traversait sans s’y arrêter. Défiguré en fait parce qu’aucune face n’était venue l’envisager. S’astiquer au miroir avec une peau de chagrin. Se voir mourir de plaisir et d’horreur dans le miroir. C’est que le vice est l’érotisation du chagrin selon Proust.

 

A l’enfer de la « Forme » aliénante où son père voulait l’emmurer, Bacon a choisi un éternel transit à travers la multiplicité des formes du purgatoire de son identité maternelle. L’ancien temps où il se voyait dans le visage de sa mère, mais avec une torsion en lui ou en elle. N’a-t-il pas d’ailleurs toujours demandé à ce que ses toiles soient exposées sous verre ? Lorsqu’on les regarde, les reflets de notre propre visage et de notre propre corps brouillent encore plus les pistes. Du fait des vitres, on ne peut voir ses œuvres de nulle part sans y interférer. Face au miroir maternel qui ne reflète rien, ce n’est plus l’assomption jubilatoire mais l’auto-perception de soi monstrueuse. Comme si les modèles de ses portraits collaient leur visage à un miroir de latex… les traits déformés évoquant un enfant collé jusqu’à l’étouffement à sa première enveloppe et qui tente de s’en extirper. Si l’objet de son fantasme est toujours réduit en bouillie c’est qu’il voit son visage se liquéfier du fait de l’absence de constitution d’une peau qui pourrait le contenir.

Panneau central de la crucifixion de 1965, Francis Bacon

Panneau central de la crucifixion de 1965, Francis Bacon

La déformation serait donc due à une terrible excitation. Un véritable cyclone interne creuse le corps… l’involuant comme un gant qui se retourne. Quelque chose s’invagine. Bacon a raconté comment un jour il a vu soudain le Christ de Cimabue comme un gros ver blanc coulant vers le bas. Ça ne fait pas que se déformer… ça s’effondre et ça dégouline. Voilà le danger ! Le nerf n’y suffira pas.

 

Comme lorsqu’il se retrouve face au noir féminin, celui du corps d’Henrietta Moraes, avec cette ombre noire qui rampe dans des torsions de délices inouïs et qui n’est que la toison d’un sexe devenu animal… conquérant le plaisir sur un corps rose généreux, abondant en courbes, en étirements de toutes sortes.

Portrait d'Henrietta Moraes, Francis Bacon, 1963

Portrait d'Henrietta Moraes, Francis Bacon, 1963

« Une ombre s’élance, dessine en les accusant les contours du corps rose et semble passer par-dessous pour ressurgir de l’autre côté, s’enfler en bosses escarpées »

 

Un corps liquéfié qui se délite. Comme un danger pressant d’écoulement. Un risque de vidange... le corps risque de se dissiper dans les aplats. S’effrayant de se vider de sa substance par tous ses orifices. Originairement troué de ne pas avoir été suffisamment libidinalisé selon Corcos... peut-être. Avec l’œil bonde du lavabo et la lunette des toilettes comme les deux seuls trous qu’il ait trouvés pour s’enfouir et disparaître. Dans l’ovale du lavabo... dans l’émail blanc des lunettes des chiottes. Son amant Georges Dyer se suicide en 1971, deux jours avant le vernissage de son exposition au Grand Palais. Il sera découvert mort sur une cuvette de WC ; il avait vomi dans le lavabo. Oubliette où reste prostré un homme qui agonise interminablement avec son ombre, comme une flaque informe, qu’il traîne tel un boulet.

"L'art est un cri pour combattre l'étouffement"
"L'art est un cri pour combattre l'étouffement"
Triptyque 1973, Francis Bacon (Georges Dyer)

Triptyque 1973, Francis Bacon (Georges Dyer)

« Se fondant dans un bloc noir aux contours mous et sinueux, comme ceux d’une tache d’encre. »

 

Une ombre viscérale doit sortir des chairs comme si elle y était enfouie… c'est tantôt une ombre noire dont la forme évoque deux ailes déployées… tantôt un génie rose sorti de sa lampe !

 

« Entraînant un filet de sang qui se répand dans l’eau boueuse en se tortillant, s’élargit, se diluant peu à peu à mesure qu’il progresse, dessinant des volutes d’un rose de plus en plus pâle. »

 

Où il s’agit d’ouvrir les valves de la sensation. Rétention, pression, rupture, jaillissement. Phénomènes de turbulence : une eau s’écoule en tourbillon dans la bonde d’un évier. De l’eau qui s’enroule au fond du puits… en silence. Ou bien le corps qui jaillit comme un tourbillon du tube de peinture. A plein tube. Le corps qui tente de s’échapper à lui-même par un organe… de passer par un trou de souris !

 

Toutes ses figures peuvent être vues comme à travers une épaisseur liquide que l’on agite. Quelque chose s’accroche le long des courbes sinueuses des corps… comme la lumière se focalise sur la crête des vagues. Le réseau de giclées n’est alors que fronts d’ondes lumineuses sur une eau mouvante.

Etude pour un portrait d'Isabel Rawsthorne, Francis Bacon, 1966

Etude pour un portrait d'Isabel Rawsthorne, Francis Bacon, 1966

« Avivée de rose par endroits et luisante de sueur. »

 

Refusant l’aspiration du miroir pour céder à celle du siphon. Conduites déroutées et déroutantes. Tuyaux indifférenciés qui conjoignent entre eux tous les orifices du corps. Devant tant de béances on se sent noué… dans ses viscères.

 

« C’était une toute jeune fille. L’interrogatoire l’avait troublée et la peur, depuis trois jours, n’arrêtait pas de remuer ses entrailles. Elle était très pâle et sortait sans cesse pour aller aux toilettes – si bien que notre rencontre fut accompagné par le bruit de l’eau qui remplissait le réservoir. Elle était intelligente, pleine d’esprit, elle savait parfaitement maîtriser ses émotions et était toujours habillée si impeccablement que sa robe tout comme son comportement, ne permettait pas d’entrevoir la moindre parcelle de sa nudité. Et voilà que tout d’un coup, la peur, tel un grand couteau, l’avait ouverte. Elle se trouvait devant moi, béante, comme le tronc scindé d’une génisse suspendu à un croc de boucherie. Le bruit de l’eau remplissant le réservoir des WC n’arrêtait pratiquement pas, et, moi, j’eus soudain envie de la violer. Je sais ce que je dis : de la violer, pas de lui faire l’amour. Je voulais la prendre tout entière,… avec sa robe impeccable comme avec ses boyaux en révolte… » (Milan Kundera).

 

Un état primaire d’excitation qui régresse dans l’oral et l’anal, les trous de vulnérabilité et d’échange qui perforent les limites du corps. Chez les mammifères le processus de développement des muscles de la mâchoire et de l’anus sont très en avance sur les autres.  Un drôle de truc fait de constrictions et d’élargissements… des contractures annulaires… des passages ramifiés et délirants qui se terminent à l'aveuglette… et qui font de nombreuses circonvolutions avant qu’enfin les muscles sphincters volontaires et involontaires ne se trament dans le nœud final.

Portrait de Georges Dyer accroupi, Francis Bacon, 1966

Portrait de Georges Dyer accroupi, Francis Bacon, 1966

Chez Bacon le nerf n’y suffit pas, on l’a dit. Le contrôle musculaire de cette fantasmatique cloacale, est désespéré. Muscles, nerfs, tendons, cartilages, armatures géométriques, tout est bon, mais impuissant, à contracter dans un spasme, ces satanés orifices.

 

Cette chair élastique et souvent flasque est sans charpente vertébrale. Alors il faut encager les figures comme si elles ne pouvaient se soutenir. Où il s’agit d’établir les lignes de défense du moi face au vide interne. Pour résister à la formidable (dé)pression du vide. Bacon disait de ces bâtis géométriques qu’ils étaient des dispositifs pour piéger les formes… « I cut down the scale of the canvas by drawing in the rectangles which concentrates the image down… the image I’m trying to trap ». Où il s’agit d’attraper dans sa boîte un personnage bouillonnant et tourbillonnant encastré dans un espace vide.

Panneau central d'un triptyque de 1970, Francis Bacon

Panneau central d'un triptyque de 1970, Francis Bacon

Mais un rond délimite toujours la scène. Un étrange vélodrome. Qui vient peut-être de la maison de la grand-mère à Farmleigh : « the house’s three windows in a curved bay ». A la recherche dans cette rotondité d’une courbe de salut… face aux surfaces planes et froides Cet enfant rêve d’un geste d’étreinte. Il rêve de retrouver une rondeur… lui qui était enserré dans son linge à défaut de bras maternels pour l’encorbeller avec chaleur.

Panneau gauche d'un triptyque de 1970, Francis Bacon

Panneau gauche d'un triptyque de 1970, Francis Bacon

La courbe est un support mais aussi une aliénation. Certaines figures semblent comme mené pour un dernier tour de cirque par une laisse invisible. Et puis il y a toutes ces scènes rondes où des corps s’étreignent comme dans une arène. Les rails et les barres qui l’obsèdent sont des formes qui viennent de loin. En lien peut-être avec les courses de chevaux et de lévriers auxquels participait son père : les barrières courbes des hippodromes qui entourent la piste... les clôtures en bois avec leurs poteaux plats… comme des barres.

 

Les os sont comme les agrès dont la chair est l’acrobate. Il y a aussi  la vertèbre que l’on peut voir sur une toile de 1975 ("Trois figures et un portrait")… c’est celle… des dos de Degas (les fabuleux pastels) qu’il adorait. Bacon s’extasiait devant certaines de leurs omoplates saillantes.  Comme le héros de Thomas Mann qui peu après avoir évoqué un crayon taillé prêté à un jeun Kirghize regarde, fasciné, le dos d’une russe en train de dîner : « elle laissait pendre ses épaules en avant et penchait de plus sa tête de telle sorte que la vertèbre saillait juste sous la nuque… décolletant la blouse blanche ».

Panneau droit d'un triptyque de 1970, Francis Bacon

Panneau droit d'un triptyque de 1970, Francis Bacon

Bacon est un danseur ! Bacon est un oiseau qui se vrille... un voyeur convulsif ! Son œil droit est celui d’un épervier, le gauche celui, affaissé, d’un hibou. Le regard double… d’un prédateur qui transperce et arrache les yeux de celui qu’il épie et celui… d’un vieux sage qui en a beaucoup vu.

 

 « Une de ces silhouettes d’oiseaux immobiles, sur une jambe, engoncés dans leur plumage, et que surmonte une tête rosâtre, violacée par la couperose, à la peau molle pendant en bourrelets sous son propre poids, soulignant, malgré l’empâtement, les crêtes osseuses des pommettes. »

 

Sur ses toiles, les cercles blancs qu’il affectionne sont comme les projections sur la toile des rayons de lumière implacables et serrées de lampes à abat-jour métallique et hémisphérique de salles d’interrogatoire. C’est le couvercle en métal de sa poubelle qui lui servait au début pour former les cercles. On imagine Bacon se jetant sur ses toiles avec cet étrange bouclier méduse comme pour se protéger de leur éclat. Si l’on pense plus à l’effet donné qu’au geste… c’est comme si Bacon indiquait le travail oculaire du voyeur. Tous ces cercles seraient comme un moyen d’accommodation optique. Comme des loupes… comme un sexe-télescope avec son principe de rotation, de… mise au point. Et qui aurait pour fonction de guider les corps… de les amener au télescopage des orifices… in « the lens-like spotlight of his circles ».  

 

« Diverses parties du corps… fortement agrandies, dans le cercle de métal qui sertit la lentille »

 

Les yeux encerclés et les vortex faciaux de ses portraits vont gagner en autonomie au fil du temps… devenant comme des organes à part entière du visage. Les portraits font surgir des têtes auxquelles des ovales et des traits sont ajoutés pour écarquiller les yeux, gonfler les narines, prolonger la bouche. La peau retroussée et rebroussée laisse se former des plissements. Comme des soulèvements géologiques à fleur de peau… des glissements de terrain sur d’invisibles failles. Mais au-delà de faire surgir la tête sous le visage, serait-il si fantasque de voir dans les lunettes rondes et les pince nez qui foisonnent dans l’art de Bacon à partir des années cinquante quelque chose qui rappelle « his beloved nanny » Jessy Lightfoot. Le huit de ses lunettes hante-t-il à jamais notre peintre… jusqu’à trouer tous ses portraits?

Panneau central des trois études du portrait de Muriel Belcher, Francis Bacon, 1966

Panneau central des trois études du portrait de Muriel Belcher, Francis Bacon, 1966

Etude pour un portrait, Francis Bacon, 1976

Etude pour un portrait, Francis Bacon, 1976

Il aime également les triptyques… leur concavité intérieure. Où il s’agit d’épouser la surface interne d’une sphère visuelle… la courbure naturellement concave de la rétine. Comme un Fish eye ! Et que les volets des triptyques au Moyen-âge aient souvent comporté des observateurs, des prieurs ou des tutélaires devaient bien convenir à Bacon. De la… triplicité de l’image.

 

Je ne peux terminer ce texte sur Bacon sans évoquer les couleurs de ses aplats. Elles évoquent la couleur des pâtisseries anglaises ou des pastels des chambres d’enfant. Nostalgie vivace du corps maternel ? Quelque chose avait donc eu lieu d’être ? Bacon avait un goût immodéré pour les tons acidulés des bonbons anglais. Et son orange velouté ! Un orangé dont l’extrême ardeur est animé par l’adjonction de poudre de pastel. Quant à ses roses et ses violets rougissant, ils ont la texture poudrée et mate du maquillage (Bacon ne sortait jamais sans un maquillage incroyable). Il attachait beaucoup d’importance aux détails, repolissant sans cesse ses figures et ses aplats… même s’il savait que personne, à part lui, ne saurait distinguer les subtils alliages ainsi forgés. Bacon c’est une fusion de haute précision entre l’obsession maniaque du miniaturiste et l’audace du joueur qui jette au hasard ses giclées de pâte blanche.

Etude d'une figure, Francis Bacon, 1945

Etude d'une figure, Francis Bacon, 1945

Il aimait Velasquez parce qu’un ruban rose jette sa tache inattendue sur une cuirasse d’acier noir. Il était comme seuls les homosexuels anglais réussissent à l’être (on pense à Dirck Bogarde)… convulsif et élégant. Un joueur fluide en action, tout en ruse féminine. Bacon déniera toute sa vie toute dette. Il est celui qui paye et qui régale (il ne fallait jamais lui dire qu’il manquait de générosité). Etre sans dettes. Où il est question de perdre encore et encore sous prétexte de se refaire. Il avait le courage de jouer… de risquer le coup dans tout ce qu’il faisait.

 

 

Le titre de cet article est un propos qu'aurait tenu Francis Bacon à Franck Maubert.

Les passages en italiques sans mention d'auteur sont extraits du roman "Triptyque" de Claude Simon.

Ce texte est une reprise retravaillée et très étoffée de l'article "un élégant et convulsif... boucher" que j'avais publié en 2013.

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