Une volute dans la tourmente III: D'une folle furieuse volute l'autre

par Jean-Michel Salvador  -  9 Septembre 2023, 11:21

Volutes folles furieuses et assassines


Avec Géricault, comme avec Francis Bacon un siècle plus tard… on se retrouve pris en étau dans les volutes d'un déchaînement musculaire… qui vrille « littéralement » les corps… jusqu’à les torsader.


Comme une volute assassine… S'agirait-il de tordre le cou à quelque chose ?

L'étreinte de Géricault, gouache, encre et lavis bruns sur papier bleu

L'étreinte de Géricault, gouache, encre et lavis bruns sur papier bleu

Dans ses magnifiques lavis sur fond gris brun ou orangé, Géricault brouille les lignes avec son pinceau… et ce pour mieux perturber les contours et confondre les masses. Un épais trait de gouache blanche souligne, que dis-je, fait saillir chaque renflement de muscle de toutes les bêtes, humains ou satyres hybrides dont il aime tant modeler la puissance. Des muscles qui s’entrelacent dans des corps à corps monstrueux… qu’il s’agissent de dos d’homme tentant de contenir la fureur de chevaux, de l'orgie sacrificielle et dionysiaque d’un taureau ou d’un satyre étreignant brutalement la chair de son désir.

Etude de corrida de Francis Bacon (détail), 1969

Etude de corrida de Francis Bacon (détail), 1969

Francis Bacon quant à lui, a peint à la fin des années soixante toute une série d'études pour une corrida. Où l’objet de la représentation est ici la volte formidable du taureau….

 

Sa croupe massive, ses reins puissants, sont tordus sous la propulsion ! Une ligne fulgurante et blanche, qui n'est pas sans rappeler le trait de gouache de Géricault, souligne l’arc de l’échine.

Etude de corrida de Francis Bacon (détail), 1969

Etude de corrida de Francis Bacon (détail), 1969

Géricault: "Homme tenant une femme embrassée", gouache, encre et lavis sanguin sur papier bleu

Géricault: "Homme tenant une femme embrassée", gouache, encre et lavis sanguin sur papier bleu

Tous deux sont adeptes d’étreintes si pressantes…  qu'elles se transforment en maelströms giratoires. En les tournant comme sur un tour de potier, la fusion des corps façonne des entités monstrueuses… c’est qu’il y va de la montre… et notre œil fasciné par le spectacle se laisse entraîner le long de tous ces contours hors norme. Les cuisses se replient cependant sur les entrecuisses et un trait fort cachette l’enveloppe à deux dos et multiples renflements… avec pour résultat de parfaitement fermer l’accès au cœur de la chose. Tous ces enroulements de nœuds de muscles creusent entre eux des trous d’effrois. C'est comme si notre œil chercheur n’était attiré que par un… rien dans cette inextinguible perplexité des nœuds qui nous exorbitent. S’agirait-il surtout de ne pas y aller voir ? Chez Bacon le regard semble de surcroît sucé symétriquement par le vide de ses vortex noirs… dans un voyage au bord de l’indicible… une tentative d’approche de l’objet regard avec ce que cela comporte à la fois de beauté et d’horreur, d’attrait irrésistible et de dégout.

Panneau central du triptyque "Trois figures dans une pièce" de Francis Bacon, 1964

Panneau central du triptyque "Trois figures dans une pièce" de Francis Bacon, 1964

Léda et le cygne, Géricault

Léda et le cygne, Géricault

Étran-gluantes étreintes finalement… il s’agit d’attirer et de fasciner par  le motif, d’engluer l’œil qui tente de suivre la chose. La forme fascine alors d’autant plus qu’on cherche désespérément à saisir la force qui agit en son dedans... jusqu'à nouer les corps


Valery disait que le dessin pouvait enivrer son exécutant, devenir une action forcenée qui se dévore d’elle-même, s’alimente, s’accélère, s’exaspère, un mouvement de fougue qui se hâte vers sa jouissance, vers la possession de ce que l’on veut voir. 


Luttes et coïts orageux se muent donc chez nos deux artistes en des créatures aux membres multiples et polymorphes… La Léda de Géricault se retrouve ainsi pourvue d’un appendice au col volu(p)tueux…. qui n’a rien à envier à certaines figures bien connues de Bacon. 
 

Détail de la course de chevaux libres, Géricault, 1817

Détail de la course de chevaux libres, Géricault, 1817

En latin le verbe tendre (intender) commande à la fois l’  « intentio » et l’ « intensio ». En fait nos intentions, au sens fort, nous tendent. D’une redondance dans l’intensité du désir qui ne serait donc que pléonasme. Voyez l’être tendu et retenu d’un devenir centaure dans la course des chevaux libres de Géricault… Quant à son chasseur à cheval (et surtout ses multiples esquisses ou répétitions) il est tellement splendide qu’il nous laisse bouche bée. Où pour le moins le chasseur fait corps avec son cheval. Cet hybride entre le centaure et le cerbère vous jette à la figure et sa face et sa croupe…. dans la tension stupéfiante d’un retourné improbable ! 

Esquisse pour le "Chasseur à cheval" de Géricault, 1812

Esquisse pour le "Chasseur à cheval" de Géricault, 1812

Francis Bacon: détail du panneau central d'un triptyque de 1970

Francis Bacon: détail du panneau central d'un triptyque de 1970

Francis Bacon, détail du panneau central du triptyque d'août 1972 en hommage à Georges Dyer

Francis Bacon, détail du panneau central du triptyque d'août 1972 en hommage à Georges Dyer

Dans cette fusion avec l’autre qui passe par un broyage de la différence, ces êtres brûlent d’un irrépressible désir, à la fois de dédoublement et de possession. Où il s’agit d’embrasser et de s’embraser. Ce sont des virtuoses de la brûlure... jouissant de la flamme qu’entretiennent leur action et passion violentes….


Mais au final les corps s’enroulent en spirales et ça tourne et voltige dans le vide. Bacon semble ainsi pris dans le mouvement d’attraction et de répulsion d’un ruban de Moebius de torsion et de retournement des chairs. Argh… qu’elles sont superbes les voltes et girations de ces toupies de chairs torsadées et désaxées. 
 

Turning figure de Francis Bacon, 1962

Turning figure de Francis Bacon, 1962

Une torsion à perdre la tête ou à sortir de soi. Peut-être une tentative désespérée dans les entremêlements des corps, des cuisses et des jambes de s'extraire de la forme canonique… S’agirait-il de tordre le cou au dessin, à l’archétype de la forme, et de les essorer avec une peinture musclée ? Représenter l’étreinte fusionnelle, comme le vent, par ses effets imaginaires. 

Détail d'un portrait de Georges Dyer accroupi de Francis Bacon, 1966

Détail d'un portrait de Georges Dyer accroupi de Francis Bacon, 1966

Avec souvent comme un bondissement en préparation… ils sont tous prêts à s’élancer. Un ressort est comme pressé. Francis Bacon aimait souligner les muscles qui ourlent le genou de ses figures repliées sur elles-mêmes. Est-ce une lutte désespérée pour s’échapper ou un essorage fusionnel ? Une chrysalide va éclater... pour mieux issir mon enfant… et prendre son essor. 


Bacon grossit souvent un trait noir pour désarticuler et disjoindre ses figures…  il fait parfois remonter cette ligne de jais du pied à l’oreille… comme un démon sorti de sa bouteille.... rejoignant son ombre…. Les corps peuvent à l’inverse s’arcbouter avant d’être siphonnés dans des flaques roses. 


Les figures de Bacon se mettent à s’allonger démesurément même si elles rebasculent vers le sol… déroulant quoiqu’il en soit en volutes des nœuds voluptueux aux volumes indécents… 
 

Etude pour un autoportrait, Francis Bacon, 1976

Etude pour un autoportrait, Francis Bacon, 1976

Francis Bacon, "nu couché", 1971

Francis Bacon, "nu couché", 1971

A la fin Bacon fera des paysages de chair et de sable qui,  à perte de vue, plongent et s’évanouissent en une suite de petites courbes douces… comme des dunes… où onduleraient des herbes folles.


Se lâcher dans le jeu véloce des courbes… ondulation rose…. les fesses en houle précipitée…. enflures nébulidineuses.
 

Dune de sable, Francis Bacon, 1983

Dune de sable, Francis Bacon, 1983

Paysage, Francis Bacon, 1978

Paysage, Francis Bacon, 1978

Tandis que Géricault peindra pour le radeau de la méduse le dos le plus puissant de l’érotisme pictural du XIXème. Ça remue comme la mer en vraies vagues !

Etude de dos pour le Radeau de la Méduse de Géricault, 1819

Etude de dos pour le Radeau de la Méduse de Géricault, 1819

"Sacrifice antique" de Géricault, gouache blanche sur lavis brun orangé, 1817

"Sacrifice antique" de Géricault, gouache blanche sur lavis brun orangé, 1817

La chimie brune orangé donne au fil du temps une teinte cramoisie et crépusculaire aux lavis de Géricault… la houle de muscles, où les rehauts de gouache font courir un frémissement d’écume, donne alors d’étranges bacchanales…… de la croupe à l’encolure. Comme dirait Céline: c’est dans le fond toute la menace, tout un ouragan… les croupes, les ombres, ça ressautait, reboumait terrible en rafales. A l’enfilade… c’est agité comme la mer, ça vogue, ça reflue, ça rebondit, une sarabande à la lanterne. Toutes ces masses infiniment mouvantes à la lumière tremblotante… ondulent en farandole de folie furieuse. 

Vriller le système nerveux comme disait Bacon. "Ça siffle dans les crânes. Ça gueulait… de très loin… du fond du noir… ameutait tous les échos… ça répercutait plein la nuit, l’écho revenant sur nous en zigzags, s’enlevant jusqu’aux ombres énormes… là toute noires, bruissantes, toute gonflées, monstres à chuchoter formidable… c’est les peurs qui viennent… de la nuit qui bouge."

 

Une fonderie de volutes cosmiques

"La nuit étoilée" de Vincent Van Gogh, 1889

"La nuit étoilée" de Vincent Van Gogh, 1889

Mais si l'on parle de volutes de folie… comment ne pas penser à Van Gogh qui ne cessa sur ses toiles d’enrouler obsessionnellement les touches de son pinceau pour mieux enflammer les cyprès sombres ou transformer les étoiles en boules de feu blanc bleuté…. comme si nous étions en plein deep sky (avec le télescope spatial James Webb)…. entouré de galaxies toutes plus incroyables les unes que les autres. Où l'on se retrouve… sous une nuit étoilée de soleils heurtés et de vagues déferlantes. Tout chez lui est en fait lignes de fuite folles, comme dans son café de nuit au parquet jaune effarant, ou encore tourbillons de folie qui enflamment le blé.
 

Détail des "Mangeurs de pommes de terres" de Van Gogh, 1885

Détail des "Mangeurs de pommes de terres" de Van Gogh, 1885

Dès ses débuts, on sent dans les mains de ses mangeurs de pommes de terre que son pinceau s'attache surtout à faire ressortir leurs veines ondulantes et leurs articulations nouées. Des pommes de terre dont le jaune n'a jamais rien eu à envier à celui de l’or pour lui…. du jaune terreux du tubercule arraché de la terre noire du Brabant au jaune lumineux qu'elles prennent une fois épluchées, beurrées et dorées à la poêle. Là, c’est comme si Van Gogh fondait pour la première fois de l’or sur sa toile avec ces pépites qui réchauffent et illuminent à contre jour les mains tannées et noueuses de ceux qui les dévorent déjà des yeux.

"La plage de Scheveningen" de Van Gogh, 1882

"La plage de Scheveningen" de Van Gogh, 1882

Plus tôt déjà il y avait eu la plage de Schéveningue… une fusion de métal là aussi… où des rouleaux d’écume sont portés à une incandescence absolue. Où il s’agit de faire de la force déferlante des rouleaux une fonderie d’argent… Volutes d’argent dans une mer boueuse…

Tournesols de la série parisienne, Van Gogh, 1887

Tournesols de la série parisienne, Van Gogh, 1887

Alors il y a ses fameux tournesols d’or bronzé… grandes fleurs cosmiques… tourmentées et rayonnantes. Toujours l’or qui brûle… un feu qui couve. Malgré la couleur éclatante, l’entortillement des longues tiges et la mine chiffonnée, parfois déconfite, de leur couronne… montrent bien que ce sont des astres défaits. C’est la terrible histoire du tournesol s’ouvrant à la lumière du soleil… et qui finit totalement irradié. 

Détail de "Quatre tournesols défraichis" de Van Gogh, 1887

Détail de "Quatre tournesols défraichis" de Van Gogh, 1887

Braver la lumière en s’y brûlant…


Pour Van Gogh il s’est toujours agit de faire de l’or avec sa peinture… c’est son jaune à nul autre pareil qui inonde ses toiles et les transforme en fournaises d’été sur les blés chauffés à blanc comme disait Artaud.


Van Gogh qui fit tournoyer tant de soleils ivres… le semeur plantant des soleils gigantesques… la lumière affolante… 


Argh! Ce jaune brûlé cramoisi…
 

Champ de blé avec faucheur, Van Gogh, 1889

Champ de blé avec faucheur, Van Gogh, 1889

Dans les blés le jaune transparait, au sein de la chose qu’il creuse vers le dehors, comme ce qui, de l’intérieur, l’évase, l’extravase, la dilate… où les choses se déforment, se tordent sous la pression de "La couleur" à nulle autre pareille… tout ce qui brille n’est pas or en peinture !

Champ d'oliviers, Van Gogh, 1889

Champ d'oliviers, Van Gogh, 1889

Avec également ce côté double chez Van Gogh… d’un côté la couleur tonitruante du blé, l’explosion de vitalité de l’herbe et de l’autre l’intensité de la terre, les arbres qui sortent d’elle de façon monstrueuse… contorsion raide de leurs branches noircies… comme calcinées.

Détail de "Paysage au crépuscule" de Van Gogh, 1890

Détail de "Paysage au crépuscule" de Van Gogh, 1890

La vibration démentielle du pinceau de Van Gogh confère alors aux paysages une terreur endiablée.


Dans le prolongement des troncs qui se contorsionnent furieusement, le feuillage vert s’assombrit en virevoltant vers un ciel jaune panique. Le feuillage des cyprès ondule désespérément comme des flammes folles. Le lierre se propage avec voracité. Nos yeux se retrouvent empêtrés dans les tourments de la végétation. 
 

"Racines d'arbres", Van Gogh, 1890

"Racines d'arbres", Van Gogh, 1890

Et peu de temps avant sa mort il peint d’étonnantes racines mises à nues…. telle une tranchée ouverte dans les viscères de la terre. Les racines émergent d’un monde englouti où l’on s’enfonce.

Détail d' "On the road to Tarascon" d'Adrian Ghenie, 2020

Détail d' "On the road to Tarascon" d'Adrian Ghenie, 2020

Je terminerai par un petit hommage au peintre roumain contemporain Adrian Ghenie…. à un de ses Van Gogh, celui où le tourbillon d’une volute rose nous rappelle l’oreille qu'il se coupa une nuit de 1889.

 

Volutes engorgées et éruptives 

 

Soutine était tout aussi dérangé et torturé que Van Gogh. 
 

Mains de l'Homme en prière, Soutine, 1920

Mains de l'Homme en prière, Soutine, 1920

Sa peinture tremble encore plus que celle du hollandais tourmenté. Il peint des mains comme des flammes. Des mains surdimensionnées aux doigts longs et noueux. Des mains nouées qui se retiennent de s’envoler. Des mains nouées autour de la corde invisible de l’incantation qui les hisse vers le monde d’en Haut.

Autoportrait grotesque, Soutine 1922-23

Autoportrait grotesque, Soutine 1922-23

Ses oreilles, elles, sont… gorgées de sang. Des oreilles qui se mettent à vriller ou à s’ouvrir démesurément comme des feuilles de rhubarbe… elles font penser à celles de Ghenie dans ses portraits de Van Gogh…. en plus rouges.


C’est le peintre de l’engorgement… il fait affluer le sang qui court et bat sous la peau… comme un rouge qui serait impossible à faire taire… ça bouillonne là dessous. Il peint des lèvres charnues, gonflées de sang, qui sont comme des excroissances de pulpe rouge… des bouches éruptives… en fait ses bouches semblent être des sexes.
 

Détail du vase aux tulipes de Soutine, 1926

Détail du vase aux tulipes de Soutine, 1926

C’est l’efflorescence illuminée et charnue de sa peinture… l’irrésistible extension en tache d’huile de son rouge ardent. Ses tulipes sont un épanchement sexuel des pourpres… tandis que les surplis de son enfant de chœur, d’un rouge vif, épais et rebondi…. sont comme des lèvres encore humides.

L'enfant de choeur assis, Soutine, 1927-28

L'enfant de choeur assis, Soutine, 1927-28

Mais c’est dans ses raies et ses bœufs écorchés qu’il explorera un dedans que les portraits essayent d’endiguer eux de toutes parts. Le dedans et le dehors y sont mis sans dessus dessous… avant d’être déchirés, éparpillés et disloqués.

Détail du boeuf écorché de Soutine de 1925

Détail du boeuf écorché de Soutine de 1925

Il venait des ghettos de l’actuelle Biélorussie.


Ses paysages sont des serpillères d’angoisse, des forêts tordues de spirales déchirées. 


Un vortex emporte la toile… et étrille tout. Où l’on a affaire à un espace contourné, dégringolé… aux replis onduleux… plein de contorsions… une contrée complètement déglinguée…
 

Paysage avec arbres et maisons, Soutine, 1920-21

Paysage avec arbres et maisons, Soutine, 1920-21

Avec des corps déjetés… le sol se dérobe sous eux. Les figures essayent de se frayer un passage sur une route incandescente avant d’être aspiré dans un tourbillon d’arbres… dont les flammes vertes lèchent les maisons. Celles-ci, imbriquées les unes dans les autres se pressent pour mieux se hisser dans un assaut convulsif jusqu’aux sommets. L'entrelacement des branches tentaculaires donne au paysage une allure à la fois fantastique et menaçante. Chemins dérivants et déviants… maisons ivres.


Mais d’où vient… ce territoire serpentin et ces enroulements explosifs que ses bonshommes claudiquant, doivent arpenter… cette folle pérégrination le long de montagnes furieusement agitées….
 

Paysage de Cagnes, Soutine, 1923

Paysage de Cagnes, Soutine, 1923

Et cette montée encore et toujours. Avec des escaliers zigzagants et rouges… des paliers qui tourbillonnent et qui dégouttent de sang. Notre regard est sommé d’entreprendre l’ascension… le personnage principal est souvent vu dans une contre plongée hallucinante… comme s’il y avait, creusée au premier plan, une tranchée vertigineuse.

Escalier rouge à Cagnes, Soutine,1923-24

Escalier rouge à Cagnes, Soutine,1923-24

Son rouge à nul autre pareil fait courir un chemin de braises et des veines de tuiles pourpres dans le charroi cosmique des verts et des noirs des frondaisons… dans des paysages qui ne sont que remuement de teintes sombres, vagues de bruns et d’ocres, traînées de cendre. 


Ses toiles sont une tempête géologique de la couleur. Cisaillement, ondulation, creusement, entassement,  froissement, pliure… la peinture entre en ébullition. 
 

Paysage du midi, Soutine, 1922-23

Paysage du midi, Soutine, 1922-23

Mais je terminerai avec une baguette et un violon rouge. Où la croute du pain devient un paysage à arpenter… tandis que nous restons captif du rouge baroque de Soutine… des torsions et des volutes de son violon… mais putain qu’il est beau ce violon !

Nature morte au violon, Soutine, 1922

Nature morte au violon, Soutine, 1922

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